Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

Autres ctés de Paroisses

 

AUTRES COMMUNAUTES DE PAROISSES

 

Saint Pierre et Saint Paul

Curé : Jean GANTZER

 

Paroisses de St Maximin, St Pierre, St Urbain et Beauregard

Secrétariat : Presbytère Saint Maximin

3 place de l’Eglise, Thionville -tél 03 82 54 36 06

Email : paroisse.saintmaximin@orange.fr

Blog : http://stpierrestpaul.over-blog.com

 

Communauté du Bon Pasteur

Curé : Jean Pierre KOVACS

Paroisses de Veymerange, Volkrange, et Terville

Secrétariat : Presbytère de Veymerange

16 rue Saint Martin – tél 09 52 71 15 32 ou 03 82 50 40 06

Email : bonpasteurcourriel@free.fr

Blog : http://bonpasteur.over-blog.com

 

 

 

 

 

 

 

 

13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:27

Jean Baubérot : « N'utilisons pas la laïcité contre l'islam », interview, « La Croix », 10 février 2012

 

Pour le sociologue Jean Baubérot, la laïcité fait l'objet d'une lecture simpliste et fausse au regard de l'histoire. Il invite à remettre un peu d'ordre dans le débat autour de la laïcité

 

 

 

La Croix : Dans votre dernier livre, vous dénoncez une « laïcité falsifiée ». En quoi consiste cette falsification ?

 

Jean Baubérot : Pour l'extrême droite, une partie de la droite, et même pour certaines personnes à gauche, la défense de la laïcité est devenue un moyen de stigmatiser les musulmans. Depuis ses déclarations sur les prières de rue, Marine Le Pen s'est autoproclamée championne de la laïcité et elle prétend voler au secours de la loi de 1905. L'UMP, de son côté, a organisé en 2011 un « débat sur la laïcité » en réalité dirigé contre l'islam, qui a divisé la droite elle-même. On voit ainsi apparaître ce que j'appelle, à la suite de François Baroin, une « nouvelle laïcité », synonyme d'un contrôle de l'État sur la religion et de répression de ce qui échappe à ce contrôle. Cette laïcité ne ressemble pas à notre « laïcité historique », dont la loi de 1905 a fixé le cadre. C'est cette imposture historique et symbolique que j'ai voulu démonter.

 

 

En quoi la « nouvelle laïcité » s'oppose-t-elle à la « laïcité historique » ?

 

J. B. : La loi de 1905 pose que la religion n'est pas affaire d'État et qu'elle doit être distincte de la puissance publique. Mais cela ne veut pas dire que la religion soit confinée à la « sphère intime ». Au contraire, la loi envisage la liberté de conscience et le libre exercice des cultes comme une liberté publique. Elle ne dit pas : « Cachez cette religion que je ne saurais voir »... Les ultralaïques ont toujours voulu imposer cette optique. Ils ont été battus en 1905, mais ils dominent aujourd'hui.

 

 

Comment expliquez-vous une telle dérive ?

 

J. B. : Chez certains, le terme de « laïcité » est devenu un mot magique qui permet d'escamoter l'aspect honteux, inacceptable de propos tenus à l'encontre des musulmans. Si l'on peut ainsi instrumentaliser l'idée de laïcité, c'est parce qu'une mauvaise interprétation de la loi de 1905, binaire et simpliste s'est répandue. On y confond la neutralité de la puissance publique avec celle de l'individu.

 

 

Quels sont les risques de cette dérive ?

 

J. B. : Une laïcité culturelle et identitaire devient rapidement très ambivalente à l'égard des religions. Elle permet de développer une liberté religieuse à géométrie variable, positive envers un catholicisme ou même un judéo-christianisme identitaire et plus sévère à l'égard de l'islam. Non seulement cette inégalité de traitement est injuste, mais je la crois temporaire. Comme la loi doit toujours être générale et non-discrimante, l'hostilité à l'égard de l'islam finit par conduire à une attitude antireligieuse générale. La laïcité devient alors synonyme de toujours moins de visibilité possible pour les religions dans l'espace public.

 

 

Comment remettre un peu d'ordre dans le débat autour de la laïcité ?

 

J. B. : On pourrait déjà prendre quelques mesures concrètes. Il faudrait d'abord transférer le Bureau des cultes du ministère de l'intérieur vers le ministère de la justice. Le rattachement des religions au ministère chargé de « la sécurité des Français » incline en effet vers une vision sécuritaire de la religion. Il faudrait ensuite décharger le Haut conseil à l'intégration (HCI) de la responsabilité d'émettre des propositions en matière de laïcité, car cela accrédite l'idée que la « nouvelle laïcité » s'applique essentiellement aux immigrés et à leurs descendants. On pourrait enfin reprendre les dix mesures préconisées par la commission Stasi en vue de « la suppression des pratiques publiques discriminantes ». Cette voie n'a pas été suivie, il faut la réactiver.

 

 

Comment réagissez-vous à la proposition de constitutionnaliser la loi de 1905 ?

 

J. B. : On est actuellement dans une impasse et il faut en sortir. La constitutionnalisation peut être l'occasion d'une clarification. J'y suis favorable, à condition que ce soit bien la loi de 1905 qu'on constitutionnalise et pas une conception régressive de la laïcité !

 

Il ne faudrait notamment pas oublier l'article 4, qui prévoit le respect de la constitution propre de chaque Église. Ce fut le combat le plus difficile mené par Briand et Jaurès contre les laïcistes. Tous deux avaient une culture syndicaliste : ils avaient conscience de l'importance du collectif pour l'individu et savaient qu'une liberté collective peut être une dimension de la liberté individuelle. Ils ont appliqué cette logique à la religion. La loi de 1905 prévoit ainsi le respect des religions en tant que groupement ayant ses règles et ses lois.

 

On voit ici clairement que la laïcité ne se limite pas à reconnaître aux croyants le droit de croire et de pratiquer dans la sphère privée. Cela, même les régimes autoritaires ne peuvent l'empêcher !

 

 

Quel rôle peuvent avoir les chrétiens dans ce débat ?

 

J. B. : Le texte commun signé par les six religions : http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Les-responsables-des-cultes-reserves-sur-le-debat-autour-de-la-laicite-_NG_-2011-03-30-585800   au moment du « Débat sur la laïcité » de l'UMP a été très important. Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France, a très clairement mis en garde contre une laïcité « stigmatisante » et cette expression a été reprise à sa suite, par les associations laïques comme par des personnalités politiques, y compris de droite. D'une façon plus générale, je crois que les chrétiens ne doivent pas chercher à défendre des privilèges. Et ils ne doivent pas croire que moins de laïcité va permettre de combattre la sécularisation.

 

 

Recueilli par ÉLODIE MAUROT  10/02/12

Partager cet article

Repost 0
Published by Communauté de paroisses de la Sainte Famille - dans Interreligieux
commenter cet article

commentaires