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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 08:01

Je viens de recevoir ce document par le Père Christophe Roucou, du Service national pour les Relations avec l'Islam (SRI) Conférence des évêques de France, 71 rue de Grenelle, F-75007 PARIS tél. 0142220323 ; Fax 01 42 84 30 41 E-mail c.roucou@le-sri.com

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Chers amis,

Je vous transmets un document remarquable par son actualité et sa ligne théologique : la lettre pastorale de Mgr Maroun Lahham qui réfléchit en pasteur et théologien sur les événements en Tunisie.

Elle est intitulée : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».

Datée du 24 juillet 2011, celle Lettre pastorale est dès maintenant diffusée par l’archevêché de Tunis.

Fraternellement,

Christophe

____________________________________________________

 

 

 

« Ut cognoscant Te »

 

« VOICI, JE FAIS

TOUTES CHOSES

NOUVELLES » 

 

Apoc. 21,5

 

 

Lettre Pastorale

de

S. Exc. Mgr Maroun Lahham

Archevêque de Tunis

(4)

 

Tunis, 24 juillet 2011

 

 

 

Chers frères et sœurs,

 

Que l’Esprit de Dieu qui « qui renouvelle la face de la terre » (Ps. 104,30) soit avec vous.

 

Nous sommes à la quatrième lettre pastorale, et nous la consacrons au renouveau de notre présence et de notre témoignage en Tunisie. Nous re- poser souvent la même question ne signifie pas que nous vivons une « crise d’identité ». Nous ne sommes pas à la recherche d’un rôle ou d’une mission que nous n’arrivons pas à définir. Si nous reposons la même question sur notre présence et sur notre témoignage, c’est que le monde change, la Tunisie change, et nous aussi nous changeons. Il ne faut pas que la fameuse notion de « fragilité » fragilise notre moral. Nous avons une idée assez claire et confiante de notre vocation d’Église en Tunisie. Soyons donc nous-mêmes, soyons prêts « à rendre compte de l’espérance qui nous habite » (1 Pierre 3,15). Nous sommes en Tunisie pour révéler le visage du Christ par le témoignage de notre vie, nos paroles et nos actes. D’ailleurs, c’est ce que les Tunisiens attendent de nous.

 

C’est donc d’un pas ferme que nous commençons notre réflexion. Trois grandes idées constituent le Corpus de cette lettre pastorale :

 

1- Quelle(s) Parole(s) de Dieu nous aide(nt) à jeter un regard de foi sur la nouvelle réalité qui s’offre à nous dans l’Église et le pays ?

2- Quels signes perçus en Tunisie, surtout après le 14 janvier, nous feraient parler d’ »Histoire Sainte » pour ce pays ? Comment entrons-nous, nous-mêmes, dans cette perspective et quel rôle en découle pour nous?

3- Qu’attendons nous, comme Église, pour et de la « nouvelle » Tunisie?

 

I. La réalité nouvelle. Si l’Esprit Saint est l’auteur du nouveau qui arrive dans notre petit monde, nous pouvons dire qu’il n’est pas au chômage ! Car, de nouveau, nous sommes remplis :

 

a. Nouveau dans l’Église. Nous ne cessons de le constater et de le vivre. Nous devons aussi l’accueillir. Je commence une liste sans pouvoir la terminer : le vieillissement du personnel religieux, la disparition graduelle mais continue de certaines communautés religieuses présentes depuis de dizaines d’années, ET l’arrivée de nouveaux permanents (prêtres, religieux,(ses), laïcs) avec une nouvelle vision de la foi et de la vie de l’Église, l’africanisation, l’asiatisation et l’arabisation de notre personnel religieux, les nouveaux besoins religieux et pastoraux surtout des jeunes étudiants africains, les milliers d’entrepreneurs occidentaux, les chrétiens tunisiens, les retraités européens qui viennent s’installer en Tunisie avec de nouveaux soucis pastoraux dont personne ne se doute, les permanents de courte durée, le peu de relève dans le sud et à l’intérieur du pays, la nouveauté prometteuse d’une « pastorale du désert » à partir de Gafsa…

 

b. Nouveau dans le pays. Le nouveau de la réalité tunisienne avait commencé avec les choix stratégiques le jour de l’indépendance. Scolarisation et formation de la jeunesse, une croissante polarisation sociale, culturelle et économique, le grand nombre d’universitaires à l’aise avec la modernité, même si leur influence dans la rue reste encore faible, le statut personnel de la femme, la révolution médiatique qui a renversé toutes les données, même dans un régime où la censure se faisait lourdement sentir, le matérialisme devenu l’un des grands moteurs de l’économie, surtout après le rapprochement économique de la Tunisie avec l’Europe… Et puis… le 14 janvier 2011.

 

Nous sommes déjà à quelques mois de ce fameux 14 janvier 2011, nous avons assez de recul pour voir plus clairement, bien que tout ne soit pas joué, beaucoup s’en faut. Les jeunes (et pas seulement) qui réclament plus de dignité, de liberté, de justice et de démocratie, l’acquis du droit à la parole, la liberté de penser et le vent de liberté des media ; la marche lente, hésitante mais déterminée vers la démocratie, le retour de partis islamiques avec la crainte qu’ils peuvent provoquer, le danger d’une période de vide politique, économique et social qui va du 14 janvier aux élections présidentielles et législatives libres et démocratiques, les nouveaux horizons de travail d’Église qu’une Tunisie démocratique pourrait ouvrir…

 

1.1. Quelle lumière de foi jeter sur le « nouveau » ecclésial?

 

Que nous dit notre foi à propos de « notre » nouveau ecclésial? Quel est son message ? Elle nous rappelle une vérité que nous oublions facilement : notre Église, toute Église, n’a pas son centre de gravité en elle-même. Le cœur de l’Église - ce sont les paroles du P. Marc Aveline[1] - réside dans la relation que Dieu veut établir avec le monde. Elle est au service de cette relation. Sa mission consiste à accompagner la marche de Dieu vers les peuples du monde. Nous en reparlerons plus en détails dans la deuxième partie de cette lettre pastorale.

 

Notre foi nous renvoie aussi au mystère de la liberté de Dieu. Le « nouveau » dans notre vie ecclésiale, renforcé par la liberté souveraine de l’Esprit qui souffle où et comme il veut, nous empêche de reproduire des schémas pastoraux déjà huilés ; il nous sollicite autrement que nous l’avions imaginé. Concrètement, cela veut dire :

 

- accueillir la réalité dans sa nouveauté, TELS QUE NOUS SOMMES. Cela veut dire concrètement avoir une vision claire de notre être, car c’est de notre être que dépend notre agir et notre rôle dans l’Église et dans la société. En fait, il ne s’agit pas de donner ce qu’on a, c'est-à-dire ce que inconsciemment on a plaisir à posséder, mais il s’agit de manifester ce que l’on est. Cette vision devient le point de référence lorsque des questions se posent à nous ou lorsque nous nous posons des questions. Je suis au service de Dieu et du prochain, abstraction faite de ma position, de genre de mon travail, de mes capacités et de la durée de ma présence en Tunisie. Ce qui me donne la tranquillité de cœur et de conscience n’est pas tellement ce que j’ai fait dans le passé, ni ce que je fais actuellement ou je ferai demain, mais ma capacité à intégrer ce que je fais, ou ce qui pourrait m’être demandé de faire, dans mon choix de vie définitif au service de Dieu et du prochain. Cela rejoint ce que le Cardinal Basil Hume (1923-1999, Archevêque de Westminster) écrivait à propos du rôle des moines : « nous ne considérons pas, dit-il, que nous ayons une mission ou une fonction particulière dans l’Église. Nous ne nous destinons pas à changer le cours de l’Histoire. Nous sommes là, c’est tout, presque par accident d’un point de vue humain. Et heureusement que nous continuons à être là, c’est tout ».

 

- Vivre HUMBLEMENT la situation présente dans l’Église. Un rappel donc à l’humilité. Une humilité qui ne consiste pas à être petit ou pauvre (on peut être pauvre et arrogant), ni à se dire petit ou pauvre (on peut le dire sans en être convaincu), encore moins à se sentir petit ou pauvre (cela peut être le signe d’un certain complexe). L’humilité consiste à se faire petit ou pauvre (Philip.2). À lire l’histoire de la présence de l’Église en Tunisie, on est dans un chemin d’humilité assumé et accepté de plein gré. Humilité quant au nombre, quant au type de travail, quant à la langue et à la culture pour la plupart d’entre nous et quant au rôle dans la société. Les paroles de S. Paul résonnent plus que jamais dans ce contexte : « c’est quand je suis faible que je suis fort » (2 cor 12,10). Une humilité qui nous renvoie, une fois de plus, à l’importance d’être, d’être là, de rester là, « les mains vides », comme aimait à dire Mgr Callens (Prélat de Tunis de 1965-1990). Il ne s’agit donc nullement de se prendre pour ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes pas directement acteurs dans ce qui arrive, mais si nous sommes là, cela doit avoir un sens : être des témoins émerveillés et discrets, en attendant, dans l’humilité, le don de l’avenir qui nous vient toujours de Dieu.

 

Une autre dimension de l’humilité consiste à accepter d’être une Église dans une société musulmane à presque 100%. Vivre la foi au milieu d’un peuple non chrétien et lui témoigner par notre vie le don que Dieu nous a fait en Jésus Christ ; mais aussi découvrir dans la vie de ce peuple et dans ses traditions culturelles et religieuses, le don que le même Dieu lui a fait, pour en enrichir notre foi et celle de notre Église.

 

Notre vie et notre mission dans ce pays ont un sens dans la mesure où nous les vivons avec une profonde humilité, dans une vie quotidienne de communion au Christ et un engagement de vie sur les voies de l’Évangile. Notre proximité au peuple tunisien dépend de notre proximité au Christ et à son Évangile. Nous ne pouvons pas être solidaires (avec le peuple tunisien), si nous ne sommes pas, auparavant, solitaires (avec Dieu dans la prière).

 

- Cultiver les motifs de JOIE d’être des témoins de la Bonne Nouvelle. Cela devrait être évident parce que nous sommes porteurs d’une bonne nouvelle, de la Bonne Nouvelle. Il faut que cela apparaisse. On dit qu’un saint triste est un triste saint. Nietzsche disait que les chrétiens devraient faire plus d’efforts pour montrer au monde qu’ils sont un peuple de sauvés. Quels sont les motifs qui nous poussent à la joie ?

 

= D’abord la rencontre de personnes (les Tunisiens), nos frères en humanité, qui acquièrent des droits dont ils étaient privés pendant des décennies ; joie aussi pour les personnes qui frappent de plus en plus à notre porte en recherche d’un surcroît de sérénité, de confiance ou d’amitié, quand ce n’est pas la recherche d’une nouvelle orientation de leur vie ou de leur credo religieux ; des personnes qu’il faut accompagner sans les provoquer, en essayant simplement de répondre aux questions qu’ils se posent. C’est un phénomène relativement nouveau qui requiert beaucoup de prudence, de discernement et de préparation, mais qui est porteur d’une immense joie. Nous avons tous quelques noms dans la tête qui nous portent à chanter les louanges du Seigneur. Ce phénomène relègue au passé, une fois pour toutes,  la situation d’affrontement (les guerres d’indépendance et juste après) et de juxtaposition (les décennies d’après). Une nouvelle phase est train d’arriver dans notre pays. Le mouvement du 14 janvier poussera, on l’espère, dans ce sens.

 

= Un autre motif de joie est de constater l’œuvre de l’Esprit dans notre Église. Il la garde (je pense aux siècles d’absence quasi totale de l’Église du 13ème au 17ème siècle), il la revivifie (les temps modernes) et il continue à l’enrichir (temps actuels). Notre joie consiste à constater qu’il y a toujours une certaine continuité dans notre mission, qu’il y a de nouveaux champs d’action qui s’ouvrent, qu’il y a de nouveaux bras, porteurs de nouveaux charismes, qui arrivent pour travailler dans la vigne du Seigneur. Certains nouveaux arrivés ont certes une manière différente de vivre leur foi et de se faire proches du peuple tunisien. Ils souhaitent dire leur foi. Il faut le savoir, il faut les aider à entrer petit à petit dans la réalité du pays et à découvrir la spécificité de la présence de l’Église en Tunisie, mais il faut savoir aussi qu’ils n’ont pas vécu ni connu la situation du pays pendant et après la colonisation, avec toutes les conséquences qui en découlent au niveau personnel, psychologique et pastoral.

 

Cette diversité est une grâce et elle entre dans le plan de Dieu. Elle présente parfois des difficultés (contacts générationnels, langues, formation), mais l’esprit d’accueil et la recherche de l’unité sont capables de nous permettre de vivre dans la paix et la concorde, le fameux Pax et Concordia des premiers chrétiens de l’Afrique du nord.

 

= Un troisième motif de joie est de mettre en œuvre une grande chance – une grâce – que le Seigneur nous donne, surtout après le 14 janvier 2011, celle de faire le pont entre deux mondes, deux cultures, deux histoires et deux grandes religions. Un bon nombre de membres de notre communauté vient d’un monde occidental avec des racines chrétiennes, et il vit, par choix personnel et conscient, dans un pays arabe, très marqué par la culture et la mentalité musulmane. Outre le respect réciproque, le dialogue de vie qui est notre pain quotidien, nous avons la possibilité (la mission?), surtout pendant cette transition démocratique, de faire le pont entre ces deux mondes : le Maghreb et l’Occident, et d’une façon plus large encore, entre le cœur et la raison, les paroles et les concepts, la transcendance et l’immanence de Dieu, le sacré et le profane.

 

Notre joie regarde notre pays d’adoption, la Tunisie. Mais elle ne s’y arrête pas. Les pays arabes sont en train de vivre, chacun dans son contexte particulier, un « printemps » prometteur. Nous sommes invités aussi à suivre avec réalisme et optimisme tout ce qui se passe dans le monde arabo-musulman. Il y a du nouveau qui est en train de naître, sans aucun doute.

 

 

 

 

 

1.2. Quelle lumière de foi jeter sur le « nouveau » de la Tunisie ?

 

Beaucoup d’analyses ont été faites des événements qui ont secoué la Tunisie. Analyse politique, sociale, économique… L’Église en Tunisie est invitée à en faire une lecture fondée sur la foi et sur la Parole de Dieu.

 

Je ne pense pas que nous puissions continuer à vivre en Tunisie comme nous le faisions avant le 14 janvier, en laissant de côté les événements qui ont embrasé et qui embrasent encore notre pays d’adoption. Nous ne pouvons pas les laisser à la porte de nos sacristies comme s’ils n’avaient rien à voir avec le Christ qui est venu pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Nous sommes dans une humanité en marche, dans une histoire bousculée, selon un mouvement qui n’est pas absurde. Nous n’assistons pas à une simple révolte face à des situations injustes, à des abus ou des exploitations opérées par les tenants du pouvoir et de la richesse. Si tel était le cas, le risque serait grand de voir apparaître bientôt un régime qui conduit lui aussi à l’injustice.

 

C’est pourquoi, nous pensons sérieusement que si, aux yeux de la foi, l’immolation par le feu d’un jeune, ce grand cri de désespoir, et la chaîne d’événements qui a suivi, n’est pas sans rapport avec le Mystère Pascal, mystère de souffrance, de mort et de résurrection du Verbe fait chair dans notre Humanité ; si le grand mouvement qui traverse le peuple tunisien, le grand souffle de justice, la grande soif de paix, l’aspiration profonde à la dignité n’a rien à voir avec la vie, la mort et la Résurrection du Christ, nous sommes alors assis sur un grand nuage et engagés dans une vaste illusion passagère. Mais s’il y a un rapport étroit entre le Mystère Pascal et notre Histoire, l’Histoire des peuples, celle d’hier, celle d’aujourd’hui et celle de demain, nous avons alors le devoir de donner un sens à cette Histoire au nom même de notre foi.

 

Voici quelques pistes de lecture triées des réponses qui me sont parvenues suite au questionnaire que j’avais envoyé:

 

 Les protagonistes des soulèvements sont les jeunes, les chômeurs, les pauvres. Les images symboliques durant ces soulèvements étaient les portables, le web, le « facebook », le « twitter », les media. Leurs revendications étaient : « liberté », « dignité », « justice », « égalité », « choix personnel », « transparence ». On sent l’écho du premier discours de Jésus dans la synagogue de Nazareth : « Le Seigneur m’a envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance, renvoyer la liberté aux opprimés… » (Lc 4, 19). Ces cris sont en résonnance directe avec les valeurs chrétiennes et évangéliques que nous avons reçues et auxquelles nous sommes attachés: la fraternité universelle, la conscience personnelle comme lieu du don libre à Dieu et aux frères, la construction d’un monde juste et équitable, figure du Royaume. En Tunisie, ces semences de Royaume ont mûri surtout en dehors des frontières visibles de l’Église, et c’est ce qui a causé notre surprise. Il y a certainement là une leçon d’humilité, comme il y a la constatation que seul Dieu est missionnaire. Nous devons nous contenter d’être des « guetteurs » des signes du Royaume qui nous précèdent et nous surprennent. Le cri d’un pauvre opprimé qui a redonné l’espoir à tout un peuple nous invite à être attentifs aux signes de Dieu qui, au cœur du langage humain, nous dévoile sa présence. Dieu nous demande d’accomplir notre mission de bâtir le Royaume dont le monde a besoin avec tous ceux qui portent en eux les valeurs que nous avons reçues nous aussi, dépassant les frontières linguistiques et religieuses, parce que la Vérité n’a pas de barrières et que la liberté est une valeur fondamentale que tout homme porte au plus profond de lui-même.

 

Bref, il ne s’agit pas pour nous de donner une leçon, encore moins des directives, si belles soient-elles, dans lesquelles nous ne nous impliquerions pas personnellement. Il s’agit de vivre le donné présent à la lumière de l’amour et de ses exigences, dans le respect absolu de l’autre, en commençant par le plus modeste et le plus fragile.

 

 

II. Quels signes d’ »Histoire Sainte » apercevons-nous en Tunisie, surtout après le 14 janvier et quel est notre rôle dans tout cela ?

 

Nous avons dit dans la première partie de cette lettre que la mission de l’Église n’était pas d’accompagner les peuples vers leurs « panthéons », mais d’accompagner la marche de Dieu vers les peuples du monde. Conséquence : la vocation de l’Église est d’aimer le monde comme Dieu l’aime, de regarder le monde du regard même de Dieu. Or, aimer le monde de l’amour de Dieu, c’est chercher à « scruter » son Histoire Sainte. En fait, l’Histoire Sainte d’un pays ne coïncide pas nécessairement avec l’Histoire de l’Église dans ce pays ; ceci est vrai aussi pour la Tunisie. Membres du Corps du Verbe Incarné, nous ne nous sentons ni en dehors ni étrangers à aucune histoire, celle du monde et celle de la Tunisie. Il nous est même donné d’y percevoir les signes du Royaume de Dieu dans la mesure où nous nous laissons toucher par ceux que nous rencontrons au nom de l’Évangile.

 

Lorsque le Bienheureux Jean Paul II embrassait, à son arrivée, la terre du pays qui l’accueillait, c’était un signe de cet amour de Dieu, le signe de cette Histoire Sainte où les pas de Dieu ont croisé les pas des hommes, de multiples façons « que Dieu connaît » (GS 22,5), et parfois bien avant toute présence ecclésiale. L’Église ne serait pas l’Église du Christ si elle ne commençait par aimer et respecter l’Histoire Sainte que Dieu a déjà tissée dans le peuple auquel elle est envoyée, une histoire où elle n’a pas eu le premier mot, encore moins le dernier. Le rôle de l’Église est comme celui du levain dans la pâte. Il consiste à faire lever la pâte et à disparaître lui-même. L’essentiel, à la fin, n’est pas que l’on retrouve le levain, mais que la pâte ait levé et que le pain du Royaume soit prêt à être partagé.

 

Le fameux texte de St. Paul sur le bateau qui a fait naufrage dit assez clairement que tous les hommes, chrétiens et non chrétiens, croyants et non croyants, sont engagés dans la même aventure de la vie, et que les valeurs dont jouit le croyant sont valides dans la mesure où il les met au service de la vie de tous ceux qui partagent la même histoire, et que c’est à ce prix qu’il assure sa propre vie et son salut. Nous trouvons le récit dans les Actes des Apôtres aux chapitres 27-28.

 

 

Paul est embarqué sur un navire en partance pour l’Italie. Un navire sur lequel il n’est qu’un passager parmi d’autres. Ils sont 276 dont on ne sait ni l’origine ni la religion ni le motif de leur voyage. On sait seulement que Paul est prisonnier sous la garde d’un Centurion qui le traite avec humanité (27,3). La traversée est périlleuse, le navire est secoué et manque plusieurs fois de chavirer et pourtant le rôle de Paul, malgré son peu de compétence dans le domaine de la navigation (27.11) est salutaire. En effet, Paul est vigilant à la Parole de Dieu qui lui révèle dans une vision qu’ils parviendront tous à bon port. C’est cette vision qui lui donne la force de remonter le moral des passagers pris par le mal de mer et le découragement.

Paul est aussi vigilant à ce qui se passe sur le navire. C’est lui qui se rend compte que la cause de leur découragement tient aussi au fait qu’ils n’ont rien mangé depuis plusieurs jours. Il les encourage donc à prendre de la nourriture (27.33) et le même pain qui redonne force aux passagers, ce même pain, Paul « le prit, rendit grâce en présence de tous, le rompit et se mit à le manger », signifiant ainsi que le Christ était embarqué avec eux sur ce navire.

Autre effet salutaire de sa vigilance : c’est lui qui découvre le complot que mijotent les marins qui au moment du plus grand danger décident de mettre le canot à la mer et d’abandonner le navire à sa perte (27, 30-31). Il les dénonce au Centurion qui fait aussitôt couper la corde du canot encore vide. Ce même Centurion Julius qui par humanité, va empêcher les soldats, au moment du naufrage sur l’île de Malte, de tuer les prisonniers (27, 43). Si Paul peut annoncer le salut à tous les autres passagers du navire, c’est à condition que ceux-ci restent solidaires.

 

Dans l’Histoire sainte du monde écrite au jour le jour par Dieu, chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, athées… Nous sommes dans le même navire et nous sommes nécessairement conduits à être solidaires. Tout est dit.

 

Forts de ce regard d’espérance et de foi, tâchons de discerner les signes de l’Histoire Sainte de Dieu en Tunisie d’abord d’un point de vue général, puis de la Tunisie d’après la révolution du 14 janvier 2011.

 

La Tunisie est un pays arabe et musulman. Et c’est dans ce contexte arabo- musulman (au moins à partir du VIIIème siècle) que Dieu écrit son Histoire.

Parler d’un pays arabe est synonyme de parler de l’autre différent pour l’écrasante majorité de nos fidèles, et parler d’un pays musulman veut dire essayer de  scruter le mystère théologique de l’Islam.

 

II.1. L’autre différent

 

C’est une évidence. Dès que nous mettons le pied hors de l’Église, nous rencontrons des Tunisiens qui sont différents par la langue, la culture, la mentalité, la psychologie, les réactions… Cette différence n’empêche pas la rencontre, les belles amitiés, les relations de voisinage tissées au quotidien et entretenues avec une belle fidélité de part et d’autre. Ces relations sont importantes non seulement parce qu’elles sont significatives d’un enracinement dans un pays, mais aussi par ce qu’elles disent de ce qu’est Dieu. Il est Père et veut que par son Fils, les hommes deviennent frères. C’est là que la différence, qui nous semble parfois anodine, revêt une dimension théologique. Le grand théologien jésuite Hans Urs Von Balthasar parle du « Sacrement du frère ». C’est dans ce « Sacrement du frère » que nous devons chercher les signes de l’Histoire Sainte de la Tunisie et des Tunisiens. Parler du « Sacrement du frère » différent veut dire qu’en bonne théologie chrétienne, le sacramentel n’est pas d’abord dans le rituel et que l’humain passe avant le religieux.

 

Le Bienheureux Charles de Foucauld, ne pouvant pas célébrer la messe pendant un temps selon les règles liturgiques en l’absence d’un tiers, a redécouvert la force des paroles consécratoires CECI EST MON CORPS, CECI EST MON SANG dans la communion de vie avec les Tuaregs avec lesquels il ne pouvait célébrer l’Eucharistie, mais avec qui il vivait une forte présence communionelle.

 

Un des signes les plus évidents de l’Histoire Sainte dans la vie d’un peuple sont les fameuses Semina Verbi (les semences du Verbe) dont parlait Saint Justin de Naplouse, une expression prise par Vatican II en parlant des religions non chrétiennes. Il ne faut pas prendre cette expression de St. Justin dans un sens réconciliateur de valeurs plus ou moins communes, partagées par les différentes religions, encore moins comme préparation immédiate à l’annonce de la foi chrétienne. Les semences du Verbe sont les traces, dans chaque existence, de la présence agissante de l’Esprit Saint, lorsque, confrontés aux énigmes de l’existence, des hommes et des femmes vont puiser aux sources spirituelles dont ils disposent, pour pouvoir effectuer les « passages » de la vie, jusqu’à l’ultime passage de la mort. Les semences du Verbe sont les traces du Mystère Pascal dans l’existence humaine. Ce sont aussi les signes de l’Histoire Sainte que Dieu écrit dans la vie de chaque pays et de chaque peuple.

 

II.2. Après le 14 janvier

 

Comment regarder les événements du 14 janvier dans l’optique d’une « Histoire Sainte » dont Dieu seul a le secret et la clé de lecture ? Certains d’entre nous osent faire une comparaison avec l’exode du Peuple élu : « nous pensons à l’Exode qui est l’histoire d’un peuple libéré de la dictature et de l’esclavage. La révolution est le passage de la Mer Rouge, la manifestation du désir de liberté, de justice et de paix. L’après révolution est la traversée du désert, une période longue et dure, caractérisée par la prise en main de la propre histoire. Enfin la construction démocratique est l’arrivée dans la Terre Promise, un processus toujours en devenir. Quant à notre rôle, il ressemble au rôle de Jésus avec les deux disciples d’Emmaüs : « Jésus s’approcha d’eux et il marchait avec eux » (Lc. 24, 15). L’écoute donc, l’aide au discernement, le soutien dans la recherche de la justice, de la dignité et de la liberté, mais aussi la solidarité dans le cheminement lent, la confiance… et la prière.

II.3. Le mystère de l’Islam

 

Peut-on parler d’ »Histoire Sainte » de la Tunisie, écrite par la main et donc par la volonté de Dieu, sans affronter la réalité de l’Islam qui, depuis le VIIIème siècle, a marqué et continue de marquer le pays et sa population ? Nous ne parlons pas ici de l’Islam dans une perspective de dialogue de vie, de dialogue officiel, ni de coexistence basée sur des valeurs humaines communes, encore moins dans une perspective polémique. Nous en parlons dans une vision théologique, c'est-à-dire un effort pour comprendre la place de l’Islam dans le plan de Dieu, et son message pour nous, qui vivons au milieu de cette réalité. Une telle compréhension nous aidera certainement à mieux nous situer, et nous permettra de partager notre expérience avec l’Église universelle ; c’est d’ailleurs ce que les évêques du Maghreb ont essayé de faire pendant le Synode pour l’Afrique (2009) et le Synode pour le Moyen Orient (2010).

 

Quel est le plan de Dieu avec et par l’Islam ? Malgré tout ce qu’on peut dire des points de convergence, il y a des différences énormes dans le credo des deux religions (Trinité, Incarnation, Rédemption, Filiation divine, Sacrements…). Mais il y a plus : l’Islam est la seule religion dont les Écritures sacrées contiennent une accusation à l’égard des Écritures saintes du Christianisme. « Ce que votre Écriture dit de Jésus est faux, et surtout votre lecture de vos Écritures est fausse, car elle a été falsifiée », dit la version musulmane officielle. Une telle situation de conflit ne se produit avec aucune autre religion.

 

Pour répondre à la question, nous nous laissons guider par Vatican II. C’est l’enseignement officiel de l’Église. Que dit Vatican II ? Trois choses au moins :

 

- Vatican II ne parle pas de l’Islam en tant qu’Islam, il inscrit la question de la relation des chrétiens avec les musulmans dans une réflexion plus vaste sur la relation des chrétiens avec les religions du monde et avec toute l’humanité, croyante ou non. Cela permet d’éviter une confrontation duale ou un choc islam-occident.

 

 - Vatican II nous dit que l’Église respecte en premier lieu les personnes humaines, et c’est parce qu’il se trouve que ces personnes, animées d’un désir de Dieu, vont puiser, pour alimenter cette démarche spirituelle de leur être, dans ces « sources » que sont les religions, avec leurs livres et leurs rites, que l’Église, respectant ces personnes, tiendra aussi en grande estime ces livres et ces rites (cfr. Nostra Aetate 2). Conséquence : c’est la personne humaine qui est première, et c’est à partir d’elle que l’Église confesse que « l’Esprit Saint est présent et agissant non seulement dans les personnes, mais aussi dans les cultures, dans les sociétés, dans l’histoire et dans les religions » (Jean Paul II : Redemptoris Missio 28).

 

- Vatican II nous invite à l’humilité et à la patience : C’est « d’une façon que Dieu connaît » que tous peuvent être « associés au mystère pascal » (GS 22,5). C’est à partir cette déclaration que le chrétien doit entretenir des relations « fraternelles » avec les musulmans, relations qui, dans l’Esprit Saint, peuvent devenir édifiantes pour l’un comme pour l’autre. Qui pourrait dire qu’il n’a rien reçu d’un témoignage de vie d’un frère en humanité, quelle que soit sa religion ? Qui n’a jamais fait l’expérience, en écoutant ce que la parole de l’autre lui dit de Dieu, que Dieu est encore plus grand que ce qu’il avait cru savoir à son sujet ?

 

Tout ce qui vient d’être dit, en suivant la boussole de Vatican II, touche les musulmans en tant que personnes. Reste la question/mystère de l’Islam. Je voudrais reporter à ce sujet les interrogations du P. Christian de Chergé, Prieur du Monastère de Tibhirine en Algérie. P. Christian avouait, après de longues années de fréquentation d’amis musulmans et d’une vie monastique marquée aussi par la lecture du Coran, qu’il portait encore en lui cette « énigme » de la différence comme une « lancinante curiosité » ; il se posait des questions : « quel est le sens divin de ce qui, humainement, nous sépare ? Cela signifie-t-il qu’il n’y aurait de sens divin seulement dans ce qui nous unit ? Y a-t-il aussi un sens divin dans ce qui nous sépare ? Pour le moment, il faut accepter que ce sens soit justement divin, donc qu’il n’appartienne qu’à Dieu, et que nous devions patienter pour le comprendre. Reste qu’il nous est toujours permis d’espérer. Espérer qu’un jour viendra où, réunis dans la Maison du Père, nous comprendrons mieux comment des fidélités à des normes de foi différentes nous ont pourtant conduits vers un même puits.

 

 

C’est surtout la mystique croyante qui nous permettra de déchiffrer l’Histoire Sainte que Dieu écrit dans la vie et dans l’âme de chaque peuple. Notre regretté P. Mario GARAU, dans ses relations avec ses amis mystiques au sud de la Tunisie, aimait parler de l’autre différent en termes de fidélité à l’Église et au monde tunisien dont il était l’hôte. Voici un extrait de son livre : la Rose de l’Imam.

 

« J’ai dit que je me sentais donné aux non-chrétiens par l’Église. Celle-ci a le droit d’envoyer un prêtre aux non-chrétiens pour eux-mêmes, sans autre justification que l’amour gratuit, en entière solidarité avec eux dans leur marche vers la promotion totale de l’homme, promotion qui comporte, il va sans dire, l’ouverture à Dieu… Pour moi, ce qui compte en définitive… c’est une certaine densité de présence à l’homme à un endroit précis, un certain poids d’incarnation, là où l’on vit son engagement avec sérieux et compétence, dans un souci constant de communion aux êtres, d’adaptation intérieure. » (pp. 70-71).

 

Les portes de la réflexion sur l’Islam doivent rester ouvertes ici-bas et non seulement pour l’autre monde. C’est évidemment un mystère. Mais un mystère toujours à contempler et méditer pour frayer de nouveaux chemins pour ce mystère dans nos vies.

 

 

III. Qu’attendons-nous, comme Église, POUR et DE la « nouvelle » Tunisie ? 

 

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les grandes étapes de la « transition démocratique » doivent encore se faire : l’élection de la « Constituante » le 23 octobre 2011, la rédaction de la nouvelle Constitution (un an ?), le référendum (?) sur la nouvelle Constitution, les élections législatives et présidentielles…  Bref, encore un minimum de deux ans. Qu’importe ! Deux ans ne sont rien dans l’histoire d’une Nation, surtout lorsqu’il s’agit d’un changement aussi radical que souhaite la Tunisie et que nous souhaitons avec elle.

 

Cet état d’attente et de « pas encore » nous permet de penser en toute liberté, d’espérer, de souhaiter, voire de rêver, mais toujours dans un esprit positif et optimiste, malgré les difficultés, les incertitudes et les surprises que connaîtra le pays, et nous avec lui, durant ces longs mois de « transition».

 

- Qu’attendons-nous POUR la Tunisie ?

 

La première attente, le premier souhait plutôt, est de voir le pays arriver finalement à un régime démocratique. Car il est évident que faire la révolution est une chose, et réussir la transition démocratique en est une autre. De cela aussi, nous sommes des « guetteurs » optimistes et émerveillés.

 

Pour ce faire, et je reprends une référence biblique, notre deuxième souhait est que les Tunisiens sachent résister aux tentations de la domination, de l’argent, de la possession et du bien personnel. Bref, les éternelles tentations auxquelles le Christ fut exposé au désert, avant de commencer sa vie publique. Tourner le dos aux tentations de la domination, de la possession et de l’intérêt personnel pour faire place au plus petit et au plus fragile, c’est seulement ce choix qui ouvre les portes à la liberté, au respect de tous dans leurs différences, au sens du véritable service, et surtout au pardon des erreurs passées.

 

Nous sommes certainement pour la séparation de la « Mosquée et de l’État », mais nous affirmons tout haut qu’une société démocratique saine doit avoir comme base des valeurs qui ont, quoi qu’on dise, une racine religieuse (liberté, respect, paix, égalité, choix préférentiel pour les pauvres, solidarité…). Les pères fondateurs de l’Europe d’aujourd’hui étaient aussi des hommes de foi et ils ont su éclairer leur vision du monde d’une lumière évangélique qui a l’amour pour repère essentiel. Les errances actuelles de l’Occident (il suffit de penser au problème des immigrés) correspondent à la perte de cette perspective au profit de l’intérêt particulier des personnes et des peuples. Ce n’est pas pour rien que les deux derniers Papes n’ont cessé de rappeler aux hommes politiques les racines chrétiennes de l’Europe. La Tunisie, ainsi que les autres pays du printemps arabes, pourraient s’en inspirer.

 

À partir de ces considérations :

 - nous espérons que la nouvelle Tunisie puisse trouver une voie heureuse pour chacune des aspirations spirituelles et religieuses de ses citoyens et de ses hôtes.

- Nous espérons que la nouvelle Tunisie arrive à vivre à la fois la transition démocratique et l’appartenance au monde arabo musulman.   

- Nous espérons que la nouvelle Tunisie trouve le chemin pour réconcilier à la fois la fidélité au Dieu unique et les données de la modernité.

- Nous espérons que la Tunisie puisse affronter les dangers, les dérives et les pressions intérieures et extérieures.

 

- Qu’attendons-nous DE la Tunisie ?

 

En ligne de principe, la Tunisie ne nous est redevable en rien. Ce que l’Église cherche à être et ce qu’elle donne se fait toujours dans la gratuité totale du don de soi à Dieu et aux autres. En même temps, les espoirs et les attentes dépassent de beaucoup notre présence d’Église, car c’est le monde entier qui regarde ce qui se passe dans ce petit pays. Pour nous, ce que nous pourrions attendre de la Tunisie se place au niveau de l’Espérance chrétienne. Car, ce que nous « recevrons », nous le recevrons de la main de Dieu, à travers la Tunisie et… pour la Tunisie. Pour nous, en effet, le Père de Jésus Christ reste toujours l’acteur principal de l’histoire humaine (Tunisie) et chrétienne (Église).

 

Cela nous invite, premièrement, à l’humilité. Notre vécu en Tunisie dans ce monde globalisé ressemble à celui des premiers chrétiens : petites communautés que l’Esprit, grâce aux difficultés de toutes sortes, pousse à sortir d’elles-mêmes et à se recréer d’une manière plus universelle. Telle était la première Église de Jérusalem, mais aussi celle de Carthage aux premiers siècles du Christianisme méditerranéen. Nous sommes une Église étrangère en Tunisie, mais Pierre aussi était étranger à Rome et Paul à Malte. Ils y ont enseigné et ils ont appris. De la Révolution tunisienne, nous apprenons que les petits sont à l’origine du renouveau, eux qui sont considérés comme les « sans sagesse », « sans idéologie », mais qui sont habités par une grande soif de connaître, de s’ouvrir, et un grand désir d’une spiritualité personnelle. Ce sera sans doute une première dans le monde arabo musulman.

 

Une deuxième motivation est, me semble-t-il, d’être ouverts aux surprises de l’Esprit… dont on pressent déjà l’orientation à travers une vie religieuse plus dépouillée, un silence plus profond, un dépassement du secondaire au profit de l’essentiel dans notre vie d’Église.

 

Et s’il est permis de formuler des attentes et des comportements concrets, en voici quelques uns :

 

- Nous sommes appelés à élargir « les piquets de notre tente » (Isaïe 54,2), pour garder la vue large, l’action ample et la prière pour tous, sans exception. Car si « l’homme est la route de l’Église » (Paul VI), nous devons avoir le souci, à la suite de Jésus, de toutes les brebis, « celles qui ne sont pas de cette bergerie » (Jean 10.16), car elles sont toutes aimées par le Père.

 

- Travailler plus librement à la fraternité, témoigner encore plus d’un Dieu Amour, servir sans équivoque. Ne pas rêver d’annoncer Jésus dans les places publiques, car ce même Jésus nous a appris à respecter la liberté de l’autre, mais pouvoir être en vérité nous-mêmes dans le dire, le faire, dans la prière privée et publique.

 

- Clarifier sans cesse notre vision pastorale, redéfinir sans cesse nos options fondamentales au service de tous, sans toutefois déserter les places où se joue l’avenir de ce peuple : rencontres, éducation, services, solidarités, présences…autant de lieux où nous sommes, au nom de Jésus, le plus souvent à l’écoute, mais aussi avec une parole constructive, pacifiante, engagée dans la vie de ce monde en construction après.

 

 

CONCLUSION

 

Je conclue cette lettre en insistant une nouvelle fois à rester ouverts aux surprises de l’Esprit, et au « pas encore » de la nouvelle Tunisie, où rien n’est encore décidé, où tout est encore en devenir.

En attendant, nous sommes fortement invités à vivre au fur et à mesure, les changements en cours dans le pays, à attendre avec le plus grand intérêt les élections de la Constituante le 23 octobre prochain, avec tous les nouveaux horizons qui s’ouvriront pour le pays et pour l’Église, et surtout à porter tout cela dans notre prière. Nous sommes aussi invités à lire en permanence ce qui arrive dans un esprit de discernement, de clairvoyance et de réalisme créateur ; car en fin`de compte, nous sommes devant une occasion pour renouveler notre amour pour la Tunisie et pour le peuple Tunisien, un amour qui suit la courbe des évènements pour si situer dans une dynamique qui ne cessera jamais de nous surprendre.

La véritable réponse à nos questions doit encore venir… Nous l’attendons, habités toujours par l’Espérance. Elle sera écrite par la main de l’Histoire et par celle des Tunisiens qui ont fait la révolution, en particulier les jeunes. Que les pages blanches que nous laissons intentionnellement à la fin de cette lettre en soient, dans la confiance, l’appel et le signe.

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+ Maroun Lahham

Archevêque de Tunis.

24 Juillet 2011



[1] Prêtre du diocèse de Marseille qui suit, depuis de longues années, des sessions de formation permanente pour les prêtres du Maghreb.

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Published by Communauté de paroisses de la Sainte Famille - dans Prier pour la Paix
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